Cocktail Corner.
La Gazette / Histoire
2 min de lecture 12 août 2026 L'équipe Cocktail Corner

Negroni : l'histoire d'un comte impatient

Trois ingrédients à parts égales, une amertume qui ne s'excuse pas : le Negroni est devenu le classique le plus copié du monde. Son origine, elle, tient sur un malentendu de comptoir.

Au sommaire
  1. Un Americano qui manquait de caractère
  2. Une paternité plus disputée qu'il n'y paraît
  3. Comment il a conquis les cartes du monde entier
  4. Ce que dit sa recette de nous

Un Americano qui manquait de caractère

Florence, autour de 1919. Le comte Camillo Negroni fréquente le Caffè Casoni, où il commande régulièrement un Americano : Campari, vermouth rouge, eau gazeuse. Ce jour-là, l'eau gazeuse ne lui suffit plus. Il demande au barman, Fosco Scarselli, de la remplacer par du gin.

Scarselli s'exécute et, pour distinguer la commande des autres, remplace le zeste de citron de l'Americano par un zeste d'orange. Le geste paraît anodin ; il fixe pourtant la recette pour un siècle. Les habitués se mettent à demander « un Americano à la façon du comte Negroni », puis simplement « un Negroni ».

Une paternité plus disputée qu'il n'y paraît

L'histoire est belle, elle est aussi contestée. Une autre famille, les Negroni de Corse, revendique la paternité du cocktail par l'intermédiaire du général Pascal Olivier de Negroni, qui aurait composé une boisson comparable bien plus tôt, dans les années 1850.

Les travaux de l'historien florentin Luca Picchi, qui a retrouvé des traces documentaires du comte Camillo, ont solidement étayé la version italienne. Elle reste la plus largement admise, sans que le débat soit clos pour autant. Sur les cocktails de cette époque, l'archive est rare et la légende abondante.

Comment il a conquis les cartes du monde entier

Le Negroni a longtemps été une affaire italienne. Sa diffusion mondiale date des années 2000, portée par le renouveau de la mixologie et par une qualité rare : il est presque impossible à rater. Trois ingrédients, des proportions égales, aucune technique à maîtriser — on remue, on sert.

C'est aussi un cocktail qui supporte les variations. Remplacez le gin par du mezcal, vous obtenez un Mezcal Negroni. Le prosecco à la place du gin donne le Negroni Sbagliato, né d'une erreur de service à Milan. Le gin blanc et le Suze donnent le White Negroni. Peu de classiques tolèrent qu'on les malmène à ce point sans perdre leur identité.

Ce que dit sa recette de nous

L'amertume a longtemps été un goût d'adulte, presque un mot de passe. Le succès du Negroni a accompagné son retour en grâce : on ne cherche plus à masquer l'amer, on le met au centre. En cela, ce cocktail de 1919 est plus contemporain que beaucoup de créations récentes.

Hier et aujourd'hui

La recette d'origine Telle qu'on la fait aujourd'hui
3 cl de gin 2 cl Gin
3 cl de Campari 2 cl Vermouth rouge
3 cl de vermouth rouge 2 cl Campari
Un zeste d'orange, pas de citron
Réalisez-le — Negroni

Sources

  • Luca Picchi, Sulle tracce del conte — la vera storia del cocktail Negroni
  • Gary Regan, The Negroni: Drinking to La Dolce Vita (2015)
  • Difford's Guide — fiche Negroni

Questions fréquentes

Le Negroni se sert-il avec ou sans glace ?

Toujours avec, et de préférence un seul gros glaçon : il fond lentement et dilue moins vite qu'une poignée de petits cubes. Le cocktail se boit lentement, la glace doit tenir la distance.

Faut-il un gin particulier ?

Un London Dry classique reste le choix le plus sûr : sa colonne vertébrale de genièvre tient tête au Campari. Les gins très floraux ou très agrumés se font écraser par l'amertume.

Zeste d'orange ou de citron ?

Orange. Son huile essentielle prolonge les notes du Campari, quand le citron les coupe. C'est le détail qui distingue un Negroni bien fait d'un Negroni approximatif.