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Negroni : l’histoire d’un comte impatient
La Gazette / Histoire
2 min de lecture 12 août 2026 L'équipe Cocktail Corner Mis à jour le 29 octobre 2026

Negroni : l’histoire d’un comte impatient

Trois ingrédients à parts égales, une amertume qui ne s’excuse pas : le Negroni est devenu l’un des classiques les plus déclinés au monde. Son origine, elle, tient à une commande de comptoir.

Au sommaire
  1. Un Americano qui manquait de caractère
  2. Une paternité plus disputée qu’il n’y paraît
  3. Comment il a conquis les cartes du monde entier
  4. L’amertume revient en grâce

Un Americano qui manquait de caractère

Florence, autour de 1919. Le comte Camillo Negroni fréquente le Caffè Casoni, où il commande régulièrement un Americano : Campari (un amer italien, rouge vif), vermouth rouge (un vin aromatisé aux plantes) et eau gazeuse. Ce jour-là, l’eau gazeuse ne lui suffit plus. Il demande au barman, Fosco Scarselli, de la remplacer par du gin.

Scarselli s’exécute et, pour distinguer la commande des autres, remplace le zeste de citron de l’Americano par un zeste d’orange. Le geste paraît anodin ; il fixe pourtant la recette pour un siècle. Les habitués se mettent à demander « un Americano à la façon du comte Negroni », puis simplement « un Negroni ».

Une paternité plus disputée qu’il n’y paraît

L’histoire est belle, elle est aussi contestée. Une autre famille, les Negroni de Corse, revendique la paternité du cocktail par l’intermédiaire du général Pascal Olivier de Negroni, qui aurait composé un apéritif au vermouth bien plus tôt, vers 1857.

Les travaux du barman et auteur florentin Luca Picchi, qui a retrouvé des traces documentaires du comte Camillo, ont solidement étayé la version italienne. Elle reste la plus largement admise, sans que le débat soit clos pour autant. Sur les cocktails de cette époque, l’archive est rare et la légende abondante.

Comment il a conquis les cartes du monde entier

Le Negroni a longtemps été une affaire italienne. Son essor mondial date des années 2000-2010, porté par le renouveau des bars à cocktails et par une qualité rare : il est presque impossible à rater. Trois ingrédients, des proportions égales, aucune technique à maîtriser — on remue sur glace dans un verre à mélange, on sert.

C’est aussi un cocktail qui supporte les variations. Remplacez le gin par du bourbon, vous obtenez le Boulevardier, apparu à Paris dans les années 1920. Avec du mezcal (une eau-de-vie d’agave mexicaine, au goût fumé), c’est un Mezcal Negroni. Le prosecco (un vin effervescent italien) à la place du gin donne le Negroni Sbagliato, né d’une erreur de service à Milan. Remplacez le Campari par de la Suze (un apéritif français à la gentiane) et le vermouth rouge par du Lillet blanc (un apéritif à base de vin de Bordeaux) : c’est le White Negroni. Peu de classiques tolèrent qu’on les malmène à ce point sans perdre leur identité.

L’amertume revient en grâce

L’amertume a longtemps été un goût qu’on apprend avec l’âge. Le succès du Negroni a accompagné son retour en grâce : on ne cherche plus à masquer l’amer, on le met au centre. En cela, ce cocktail né vers 1919 est plus contemporain que beaucoup de créations récentes.

Hier et aujourd'hui

La recette d'origine Telle qu'on la fait aujourd'hui
1 part de gin 2 cl Gin
1 part de Campari 2 cl Vermouth rouge
1 part de vermouth rouge 2 cl Campari
Un zeste d’orange, pas de citron —
Réalisez-le — Negroni

Sources

  • Luca Picchi, Sulle tracce del Conte. La vera storia del cocktail Negroni (2002)
  • Gary Regan, The Negroni: Drinking to La Dolce Vita (2015)
  • Difford’s Guide — fiche Negroni

Questions fréquentes

Le Negroni se sert-il avec ou sans glace ?

Toujours avec, et de préférence un seul gros glaçon : il fond lentement et dilue moins vite qu’une poignée de petits cubes. Le cocktail se boit lentement, la glace doit tenir la distance.

Faut-il un gin particulier ?

Un gin London Dry classique (un gin sec, dominé par le genièvre) reste le choix le plus sûr : cette colonne vertébrale tient tête au Campari. Les gins très floraux ou très agrumés se font écraser par l’amertume.

Zeste d’orange ou de citron ?

Orange. L’huile contenue dans sa peau, qu’on presse au-dessus du verre, prolonge les notes du Campari, quand le citron les coupe. C’est le détail qui distingue un Negroni bien fait d’un Negroni approximatif.