Le cocktail d'Halloween a mauvaise réputation, et il l'a méritée. Chaque année, les mêmes recettes circulent : du curaçao bleu pour faire « potion », de la grenadine pour faire « sang », des bonbons gélifiés au fond du verre. Le résultat est sucré, tiède et immangeable, et personne n'en reprend.
Il existe pourtant tout un pan du répertoire classique qui fait le travail sans déguisement. Des cocktails rouge sombre parce qu'ils contiennent du Campari ou de la grenade, des cocktails noirs parce qu'ils sont à la liqueur de café, des cocktails troubles parce qu'on y verse de l'absinthe. Ils ont un siècle, ils sont bons, et certains portent des noms que vous n'oserez pas expliquer à table. Voici les huit que nous servons fin octobre.
Le rouge sans colorant
Deux ingrédients donnent un vrai rouge sombre : le Campari et la grenadine maison. Le Bloodhound porte son nom, le Monkey Gland aussi, et pour des raisons bien pires. Ce dernier doit son nom à une opération de greffe de glandes de singe pratiquée à Paris dans les années 1920 par un chirurgien russe, censée rajeunir ses patients. Harry MacElhone a baptisé le cocktail en son honneur. On vous laisse décider si c'est de très bon goût.
Si vous voulez du rouge plus vif, faites votre grenadine : du jus de grenade réduit avec autant de sucre, dix minutes sur le feu. Elle se garde trois semaines au frais et n'a rien à voir avec le sirop industriel.
Le noir, le trouble et la fumée
Le Black Russian est le plus simple des cocktails sombres : vodka et liqueur de café sur glace, et c'est tout. Le Sazerac, lui, est trouble : le verre est rincé à l'absinthe avant d'être rempli, et ce voile anisé au nez fait tout le travail d'ambiance. Le Vieux Carré joue dans le même registre, en plus chargé : whisky, cognac, vermouth et deux bitters, une recette de l'hôtel Monteleone à La Nouvelle-Orléans, ville qui n'a besoin de personne pour faire peur.
Le cocktail qu'on limitait à deux par personne
Le Zombie est le seul de cette liste qui mérite un avertissement. Trois rhums, du falernum, de l'absinthe, des épices : Donn Beach le servait à Hollywood en 1934 avec une règle affichée au bar, deux verres maximum par client. Il ne bluffait pas. C'est notre recette la plus consultée à l'approche d'Halloween, et c'est la seule que nous vous demandons de doser au jigger plutôt qu'à l'œil.
Un verre pour ceux qui ne boivent pas
Une soirée d'Halloween compte toujours des enfants, des conducteurs et des gens qui ne boivent pas. Le Mocktail Grenade-Romarin fait le travail : jus de grenade, sirop infusé au romarin, eau gazeuse. Il est rouge foncé, herbacé, et il a l'air d'un vrai cocktail dans un vrai verre, ce qui est exactement le sujet.
La glace carbonique, parlons-en
C'est l'effet que tout le monde cherche : le petit nuage qui déborde du verre. Deux choses à savoir avant d'en acheter. D'abord, elle brûle : elle est à −78 °C, on la manipule avec des gants et jamais à mains nues. Ensuite, on ne l'avale pas. Le morceau doit rester au fond d'un bol ou d'un seau placé sous les verres, ou dans un compartiment dont le buveur ne peut pas le récupérer. Si vous avez le moindre doute, oubliez : un verre bien froid et une lumière basse font 80 % du même effet.
Servir quinze personnes sans passer la soirée au shaker
Sur les huit, trois se préparent au verre et tiennent la cadence : le Black Russian, le Bloodhound version longue, le mocktail. Le Zombie et le Sazerac, eux, se font à l'unité. Notre méthode : préparer à l'avance un pichet de la version longue pour la majorité, et se réserver deux ou trois cocktails de shaker pour ceux qui viennent vous voir au bar. Personne ne remarque la différence, et vous voyez votre propre soirée.