Un spritz, c'est un vin pétillant, un apéritif amer ou une liqueur, et une touche d'eau gazeuse, sur beaucoup de glace. Rien d'autre. Ce n'est pas un cocktail au sens strict, il n'y a ni shaker ni mesure au millilitre près, et c'est précisément ce qui en fait l'apéritif le plus servi d'Europe.
C'est aussi ce qui explique qu'il soit si souvent décevant. Sans technique pour se rattraper, tout se joue sur les proportions, la température et la quantité de glace. Trois paramètres, et la plupart des spritz servis en terrasse en ratent au moins deux.
La règle des trois, deux, un
Trois parts de vin pétillant, deux parts d'apéritif, une part d'eau gazeuse. C'est la formule officielle de l'Aperol Spritz, et elle marche pour toutes les déclinaisons. En pratique, dans un grand verre à pied : 9 centilitres de prosecco, 6 d'Aperol, 3 d'eau gazeuse, et le verre rempli de glaçons jusqu'en haut.
Beaucoup de gens inversent, par peur de l'amertume : ils mettent plus d'apéritif que de vin. Le résultat est sirupeux et lourd. Si vous trouvez votre spritz trop amer, ce n'est pas la dose d'Aperol qu'il faut baisser, c'est la glace qu'il faut augmenter.
La glace, encore et toujours
Un spritz se sert avec le verre rempli de glaçons, pas trois cubes au fond. Cela paraît contre-intuitif, mais plus il y a de glace, moins le cocktail se dilue : la masse froide fond lentement, tandis que trois glaçons isolés disparaissent en deux minutes et transforment votre spritz en eau tiède. Sortez les glaçons au dernier moment, et remplissez généreusement.
Quel vin pétillant ?
Un prosecco extra-dry, c'est-à-dire légèrement plus sucré qu'un brut, est le choix vénitien traditionnel et il équilibre bien l'amertume. Un crémant brut fonctionne très bien aussi, en donnant un spritz plus sec. Ce qu'il faut éviter : les vins mousseux doux et les proseccos premier prix, dont les bulles s'effondrent au contact de la glace. Servez la bouteille bien froide, sortie du réfrigérateur, jamais du placard.
Les dix versions, et ce qui les distingue
L'Aperol donne le spritz orange, doux-amer, à onze degrés. Le Campari donne une version nettement plus amère et plus rouge, pour ceux qui trouvent l'Aperol trop sage. Le Lillet Blanc part dans une autre direction, fruitée et florale, sans amertume : c'est notre spritz le plus consulté de l'année. Le Hugo remplace l'apéritif par du sirop de fleur de sureau et de la menthe, c'est le plus léger de tous. Le St-Germain joue la même carte florale avec une liqueur. Et la rhubarbe, le gingembre, la pêche ou le Cointreau donnent les variantes fruitées.
Le garnissage n'est pas de la décoration
La tranche d'orange d'un Aperol Spritz n'est pas là pour faire joli : les huiles de l'écorce se diffusent dans le verre et c'est une partie du goût. Même chose pour le zeste de pamplemousse d'un Lillet Spritz ou la menthe d'un Hugo. Pressez légèrement l'écorce au-dessus du verre avant de la faire tomber dedans, et vous sentirez la différence dès le nez.